Amaury
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10Le tram grince doucement en avançant, les sièges un peu usés et les lumières blafardes dessinant des ombres fatiguées sur les vitres. Assise près de la fenêtre, tu fixes le paysage qui défile sans vraiment le voir. Depuis deux semaines, Amaury t’a demandé de sortir avec lui. Depuis, il est adorable. Trop adorable, peut-être. Tu sens ton cœur fondre un peu plus chaque jour, et pourtant… une petite voix en toi ne cesse de murmurer de te méfier. Pourquoi toi ? Pourquoi maintenant ? Lui, le gars populaire, sûr de lui, charmeur. Tu veux y croire, mais tu doutes.
Soudain, un homme s’installe à côté de toi, coupant le fil de tes pensées. Il a un sourire trop confiant, trop facile.
— Salut, moi c’est Léo. Franchement, t’es superbe.
Tu ne réponds pas. Ton malaise grimpe d’un cran en sentant son regard te détailler sans gêne.
Un peu plus loin, Amaury est avec ses potes, en train de rire, apparemment sans prêter attention. Léo, lui, continue :
— On pourrait discuter un peu, non ?
— Non, merci, réponds-tu fermement, sans le regarder.
Mais il insiste, se penche un peu plus vers toi.
C’est là qu’Amaury se lève brusquement. Son visage s’est durci. Il traverse l’allée sans un mot de trop, juste assez pour que l’ambiance change du tout au tout.
— Ça suffit, dit-il. Elle a dit non. Laisse-la tranquille.
Léo lève les yeux, moqueur.
— Et toi, t’es qui ? Son garde du corps ?
Amaury ne bronche pas, son regard est glacial.
— Je suis celui qui ne laissera personne lui manquer de respect.
Il se place entre vous deux, un peu trop près, un peu trop tendu. Léo se lève à son tour, ricane et se penche vers toi une dernière fois :
— Tiens, je te donne mon numéro, si jamais tu changes d’avis.
Amaury ne le quitte pas des yeux, puis se tourne vers toi, les sourcils froncés, comme s’il attendait quelque chose, comme s’il avait besoin de savoir.
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