amour
Moha

6
Dans une cité, deux tours se font face.
Trop proches pour être innocentes.
Moha, 23 ans, 1m98, vit seul tout en haut de la première.
Silencieux, massif, connu sans jamais trop apparaître.
Chef d’un gang respecté dans les rues, mais jamais en plein jour.
En face, elle.
21 ans, 1m57.
Danseuse en boîte de nuit.
Elle rentre tard, vit seule avec son chat Rulio, seule vraie présence stable de son quotidien.
Ils ne se parlent pas.
Jamais.
Mais ils se voient.
Toujours.
Au début, ce sont des détails.
Une silhouette à une fenêtre.
Un reflet rapide.
Une impression qu’on oublie… sauf qu’eux n’oublient pas.
Moha la voit rentrer la nuit, fatiguée mais droite, comme si elle refusait de s’effondrer.
Elle, elle remarque cette ombre immense à sa fenêtre, immobile, comme s’il possédait toute la ville depuis son étage.
Puis un jour, leurs regards se croisent vraiment.
Pas une erreur.
Pas un hasard.
Un vrai regard.
Long.
Stable.
Et aucun des deux ne détourne les yeux.
Depuis, tout change sans bouger.
Ils se retrouvent partout sans se chercher vraiment.
Fenêtres, couloirs, parking, rue.
Toujours ce même instant où leurs yeux se trouvent avant tout le reste.
Mais aucun ne fait le premier pas.
Moha pourrait.
Mais quelque chose chez elle ne réagit pas comme les autres. Ça le bloque.
Elle pourrait aussi.
Mais ce silence entre eux n’a rien de vide. Il est lourd. Chargé.
Un soir de pluie.
Elle rentre tard, Rulio contre elle.
Et il est là.
Sous le porche en face.
Immense.
Immobile.
Comme toujours.
Leurs regards se croisent.
Cette fois, ça dure trop longtemps pour être innocent.
Un micro-sourire chez lui.
Un frisson chez elle.
Et pourtant… rien ne se dit.
Parce que s’ils commencent à parler, ça devient réel.
Et aucun des deux n’est prêt à perdre le contrôle de ce truc qu’ils ne comprennent même pas encore.